Le baiser du volcan

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Je viens de voir à Grenoble, à la faveur d’un festival curieusement intitulé « La Poésie et les volcans », le fascinant film « Au cœur des volcans, Requiem pour Katia et Maurice Krafft » que Werner Herzog a consacré (2022) au couple de vulcanologues alsaciens. Splendide randonnée au pied des éruptions les plus actives qu’on puisse observer – en Islande, en Sicile, en Indonésie, au Japon…, Katia et Maurice Krafft sont allés partout, aiguillonnés par une passion qui provoqua leur mort. Ils avaient placé dans ces bouches de feu toutes leurs raison de vivre, « Je ne pourrais pas exister loin des volcans », déclare dans le film Katia, frêle jeune femme visiblement hantée par le partage de ce feu sacré ; à force de l’approcher de trop près, dans un commerce de plus en plus intime, tous deux finirent par s’y engouffrer…

Nous savions Werner Herzog (Aguirre ou la colère de Dieu, Nosferatu,  Kaspar Hauser, Fitzcarraldo…) passionné par le face-à-face avec le sublime – qu’on pourrait définir avec Kant, ou Rilke, comme cette forme de beauté, transcendante ou terrible, qui pourrait nous détruire (ou balayer nos facultés de représentation), mais nous épargne provisoirement… Herzog n’a tourné pour ce dernier film aucune de ses images, il a puisé dans le très riche fonds d’archives laissées par les Krafft, en remontant leurs rushes et leurs prises de vue, au fil d’un commentaire précis et très émouvant. Il a soin de commencer ce montage par la fin : nous voyons les Krafft patienter au Japon, au pied du mont Uzen, leurs caméras (parmi d’autres) braquées en direction d’une naissante éruption, qui s’avèrera pour eux la dernière. Toute la quête des images que déroule ensuite ce film – ravageuses, flamboyantes, somptueuses – se trouve ainsi placée sub specie mortis, sous le signe d’une mort annoncée. « Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face » (La Rochefoucauld) : à vouloir approcher de trop près ce qui (à bon droit) les fascine, les sympathiques époux Krafft couraient à leur perte…

Je ne peux me retenir de placer ici un souvenir qui a marqué, je crois, ma propre famille. Nous nous étions rendus, à la semaine de Pâques 1981, aux îles éoliennes, et avions entrepris de gravir en milieu d’après-midi les pentes du mont Stromboli – excursion aujourd’hui interdite, comme je l’ai découvert en voulant dernièrement la recommencer. À partir d’une certaine hauteur, on chemine (toute trace de sentier abolie) dans une pouzzolane de plus en plus escarpée, tandis que la nuit tombe : nous nous guidions aimantés par le cône de flammes qui, à intervalles réguliers, empanachait le sommet où nous avions avec nos trois enfants (Brieuc venait d’avoir huit ans) résolu de dormir, munis de nos sacs de couchage, d’un pique-nique et de réserves d’eau, notamment destinées à Toune notre chienne Terre-Neuve qui peinait à nous suivre les pattes encombrées de toute cette cendre où nous-mêmes pataugions dans le noir, trois pas en avant, deux en arrière…

Au réveil, nous avons été éblouis Françoise et moi par la beauté que déroulait à nos pieds le cercle parfait de la mer, scintillante sous un ciel bleu, mais – plus d’enfants en vue ! Ils avaient glissé dans leur sommeil sur ce sol traitre, emportés heureusement du bon côté de la pente. Contrairement à l’Etna, qui produit de la lave, le Stromboli est un volcan qui explose. J’avais cru compter vingt minutes entre chaque éruption, et je me suis donc risqué à me pencher au-dessus de la bouche quand, à l’improviste, celle-ci se remit à cracher, je me revois courant à toutes jambes sous une pluie de pierres incandescentes et de torches volantes, heureusement inoffensives. Mais je comprends mieux, par cet avertissement sans frais, ce qui est arrivé dix ans plus tard aux Krafft.

On partage, à visionner ce film, leur fascination ; ou quelle passion inconditionnelle, quelle fidélité fanatique a pu sans cesse les ramener, les scotcher au bord de tels phénomènes. Il fallait pour Katia et Maurice que ce feu intime que nous portons tous en nous (à des degrés divers) rejoigne ou plutôt épouse ce feu central ; que ce qui brûle en nous trouve dans ces volcans son prolongement, ou la sanctification d’une plus large scène.

Nous aussi, grâce à leurs rushes, et au montage conçu par Herzog, participons de cette quête mystique, ou métaphysique, où l’enjeu semble être de surprendre un état génésique de la terre, contemporain de sa création. Comme les astrophysiciens en quête des images les plus reculées de l’univers, proches du big bang, nous touchons ici au chaos primordial. Comme dit Katia, les pierres volent (au lieu de tomber), la terre glisse en longs fleuves rougeoyants, ou se dresse en Niagaras de feu, en rideaux incandescents devant lesquels ils circulent dans leurs combinaisons qu’on dirait taillées dans du papier de chocolat – quelle température doit-il faire là-dessous ? Ils jettent à ces fleuves un caillou, une branche, comme un enfant ferait des ricochets, étrange compulsion de jouer avec ce feu qui rebrasse tous les états de la matière, qui gronde et se prolonge sous nos pas, ordinairement protégés par une fragile croute de terre utile, laquelle ici ou là bâille et s’écarquille sur le magma primaire, dénudé, étincelant. Quoi de plus fascinant ?

Dans les pauses entre ces images, d’autres plans documentent le passage du feu, et sa retombée en cendres : nous visitons tout un village aux maisons ensevelies sous une fine poussière, un talc mortifère  recouvrant des assiettes, une chambre à coucher… Ou bien il faut marcher dans une campagne retournée au chaos, parmi des arbres déracinés aux branchages grandiloquents ; d’un ravin l’expédition s’efforce de retirer une voiture qui a roulé en contrebas, et cet épisode minuscule nous rappelle Fitzcarraldo, le film le plus fou d’Herzog où il fit gravir une montagne, et passer d’une vallée à une autre, tout un voilier porté par des indigènes…

La folie grave, très partageable reconstituée ici peut se lire comme une splendide métaphore du désir : comment résister à l’attraction des volcans, comment pour mieux les observer ne pas s’y brûler, s’y consumer ?

Les théoriciens du regard que nous portons sur l’art y ont distingué deux sortes de vue, le regard normalement optique, par lequel nous faisons ou prenons simplement connaissance, et le regard haptique, qui veut s’emparer, saisir ou m’identifier, me fondre au phénomène (les yeux du loup de Tex Avery, pour fixer les idées). Soit, en général, le regard érotique travaillé par la fascination et le désir de tenir. Ce regard haptique qui ne supporte pas la distance inhérente à la représentation est évidemment porteur de danger, et thanatos y infiltre eros : notre vie, notre corps cherchent généralement moins à se mêler qu’à respecter certaines distances, qui peuvent exaspérer mais sans lesquelles comment simplement voir, et respirer ?

La fusion, les magmas exhibés à profusion par ce film (sublime) en font un document, ou un monument d’un érotisme brûlant ! Baiser les volcans… Merci Monsieur Herzog d’avoir senti cela, et de nous le faire si bien partager.   

8 réponses à “Le baiser du volcan”

  1. Avatar de Dominique
    Dominique

    Bonsoir, chers amis !

    Si « le baiser du soir », selon le professeur et l’artiste, férus d’anagrammes, fait par ce jeu de lettres la « libido rassurée », que se passe-t-il, mes bons seigneurs, quand icelui s’échauffe ?

    « Le baiser du volcan », il « l’a vu considérable », notre cinéphile de Grenoble. Encore une fois, par le hasard de l’anagramme, palsambleu !

    Connaissez-vous « Le désir d’être un volcan » , ce journal hédoniste de M.Onfray ?

    On y pose la question : »Une érection peut-elle être un auxiliaire de connaissance ? »

    « Une érection » par ses onze lettres transposées « ne coûte rien », dit encore le jongleur alphabétique.

    Oui, mais la connaissance ?

    Comment ne point penser à la réponse du spectre à Isabelle dans la pièce de Jean Giraudoux ?

    Il y a du « féminin » en telle théâtrale figure, vous ne trouvez pas ?

    À l’heure du théâtre quantique, la question a-t-elle un sens ?

    N’allez pas me dire que ce questionnement est hors-sujet ! Ce serait en contradiction avec le corps-âme du billet du marcheur / penseur…Alpiniste et argonaute.

    Aux savants qui lisent ce commentaire de répondre !

    J’ai regardé Sonia et Philippe, ce soir, dans l’émission « Destin d’exception ».

    Et après, sur la même chaîne, M.Lignier, journaliste, sur un plateau « 100% politique » nous a parlé d’une petite sacoche de survie, que l’on doit recevoir, bien endentés ou sans-dents, pour se prémunir si toutefois, on s’en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine !

    Douce France qui danse sur un volcan…Illusion ou réalité ?

    Dominique

  2. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Que de métaphores anthropomorphes, et que de coïncidences de noms et de destins dans ces « histoires de volcans » ( titre d’un livre d’Haroun Tazieff que j’avais lu dans mon adolescence)!

    Maurice Krafft (germ. force, énergie ,vigueur ») et Katia née Conrad (germ. « audacieux »). Leur ami Haroun rencontré sur l’Etna (où il eût un coup de foudre semble-t-il décisif pour sa carrière) ,d’ascendance russe d’Asie centrale avait lui aussi un nom prédestiné (Harouna: « exalté, passionné », avec son surnom Garouk : synthèse de Haroun et Gary (Russe « brûlant »). Et que dire de Jean-Louis Cheminée, autre brillant volcanologue? Peut-être copain avec Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, qui sait ? On pourrait allonger l’amusante liste…

    Le volcan a une « bouche » qui « crache, vomit, gronde, rugit »; tour à tour « il dort », « se réveille », a des « convulsions », pique des « colères » (Les Colères de la Terre), et finalement « crève ».

    Les hommes se montrent parfois volcaniques, alias « éruptifs » (Haroun Tazieff avait certes un caractère bien trempé et son franc- parler), « vifs-ardents », « explosifs », « bouillonnants ». De joyeux lurons sont appelés « volcans de gaieté », tandis que pour d’autres, on dit que leur « imagination est un volcan ». Dans le parler ado un tantinet macho, une nana pas très jolie est carrément « un cratère ». Mais gare aux «volcans d’injures » en retour! L’abstraction imagée produit encore « le volcan du fanatisme » ou « les volcans de la séditions » chez les écrivains.

    On est malaisément « assis sur un volcan », et mieux vaut éviter de « dormir sur un volcan », et comme dit Dominique (en rapport avec Philippe et Sonia et la Douce France) « danser sur un volcan »…

    Avec toute cette fusion, profusion (selon tes mots, cher Daniel), et confusion homme-volcan, Vulcain, il ne faut pas s’étonner des multiples mariages au pied du volcan ! Les couples venus se dire « oui » avec échanges d’anneaux devant les coulées de lave orange au pied du ….respiration …
    Eyjafjallajökull , volcan dit « effusif » accourent nombreux de Norvège et d’ailleurs. Ça se mérite, après deux heures à traîner sa robe de mariée « Stromboli » (vu en catalogue) dans le vent et la neige….Apres envoi de cartons d’invitation « I lava you! » et illustration de petits cœurs rouges fusant du Fuji-Yama.

    « Fire of love » amour volcanique, c’est bien ce qu’ont vécu jusqu’à la mort le couple Maurice et Katia, qui se sont brûlé les ailes dans les laves incandescentes. Ils ont en quelque sorte retrouvé le « chaos primordial » (en citant Daniel). On rapporte que Maurice Krafft aurait déclaré qu’il voulait mourir en poursuivant son travail « au bord d’un volcan » (comme Molière dans son fauteuil en scène).

    Tels les « Amants de Pompéi », on a retrouvé les deux vulcanologues morts côte à côte sur le Mont Uzen, non loin de Nagasaki…Leur vie est un roman…

  3. Avatar de JFR
    JFR

    « Stromboli, terra di Dio », un des plus beaux film de Roberto Rossellini (1950). Le visage sublime d’Ingrid Bergman reste inscrit à jamais dans notre mémoire. Elle gravit le volcan, voulant se jeter avec l’enfant qu’elle porte en son sein dans le cratère rempli de laves et d’explosions. La nuit et les flammes l’entourent. Elle tombe, elle s’endort.. Le matin est un nouveau jour… Dieu l’a épargnée et lui demande de vivre… Elle quitte en bateau Stromboli avec son enfant. Ai-je tout oublié, tout reconstruit ? Ai-je gravi le volcan avec elle, voulant la sauver? Je me souviens de la pêche miraculeuse des pêcheurs de Stromboli jetant tous ensemble leurs filets dans la mer. Un hymne au travail des hommes, unissant leurs peines et leurs joies. Miracle des apôtres, pécheurs d’hommes. Jesus was a sailor….La beauté du visage d’Ingrid Bergman, filmée par un réalisateur fasciné et épris, nous fait gravir la montagne, chercher l’incandescence des limites. Stomboli, Volcano, les volcans conduisent aux Enfers, parfois au Ciel. « Flectere si nequeo Superos, Acheronta movebo », « Si je ne peux fléchir ceux d’en haut, je mettrai en mouvement l’Acheron » écrit Freud en exergue à « L’interrprréttion du rêve », en 1900.

  4. Avatar de Aurore
    Aurore

    Cher J-F R, je viens de relire ce matin votre dernier commentaire volcanique.

    Je vais quitter ma caisse de supermarché pour un temps et même la grosse, celle de ma fanfare.

    Je m’en vais vers une lointaine contrée à la rencontre d’une parentèle éloignée.

    Je prends le train tout à l’heure sans oublier d’apporter ce petit livre de Gaston Bachelard qui parle de George Sand et de l’Etna. « La psychanalyse du feu », bien sûr !

    Je vous ferai un petit rapport, si les circonstances toujours compliquées s’y prêtent, sans faire l’intellectuelle qui essaye de comprendre votre citation que S.Freud communique à Fliess, le 4 décembre 1896.

    Bien sûr, il sera soumis à la critique de notre randonneur et à celle de l’érudite et intuitive voyageuse d’Aucun que je verrai peut-être passer dans les nues en levant les yeux au ciel, qui sait !

    Bon, je vous quitte, l’heure tourne et j’attends ma collègue qui vient me chercher pour me déposer à la gare.

    Puisse Hermès guider mes pas, bonnes gens de France et de Navarre !

    Aurore

  5. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonsoir amis du blogue qui pense en s’aventurant et s’aventure en pensant !

    Je suis seule en cette chambre d’hôtel que je dois quitter aux aurores, pour m’envoler vers d’autres cieux.

    Je profite de cette escale pour vous conter ma rencontre d’un autre genre, ce jour, en ferroviaire espace.

    Le TGV inouï à l’arrêt, je cherchai ma place 102 dans la voiture 8 avec tout mon attirail sur le dos et un livre à la main.

    Enfin, confortablement installée, j’essayai recta de faire un somme, quand je fus réveillée, soudain, par un homme, mon voisin d’à côté de la place 101, venu me tendre un marque-page perdu dans le couloir.

    – Pardon Madame de vous déranger, mais je vous ai vue tout à l’heure avec un petit livre à la main, et j’imagine que ce marque-page est le vôtre.

    – Oui, Monsieur, vous avez raison, il était au chapitre du complexe d’Empédocle, d’un petit livre que j’ai plaisir à relire, quand j’ai le temps. Je vous remercie de votre gentillesse, cher Monsieur.

    – C’est la moindre des choses, dit l’inconnu qui s’en alla reprendre sa place, sans dire un mot de plus.

    Une demi-heure plus tard, il revint vers moi avec un air plutôt timide et quelque peu gêné, il m’adressa la parole.

    – Pardonnez, Madame, mon indiscrétion, mais le titre du livre, déposé sur votre banquette m’intrigue…

    Pourriez-vous m’en dire deux mots seulement, s’il vous plaît ?

    – Deux mots, ça ne va pas être facile, cher Monsieur, venez plutôt vous asseoir dans ma voiture et nous en parlerons, si vous le voulez bien !

    – J’en suis fort aise et vous en remercie.

    – Je me présente, je m’appelle Aurore et je suis caissière de supermarché et en voyage pour quelque temps.

    – Vous allez loin ?

    – Oui, du côté de la ville de Ray où j’ai de la famille.

    – Je vois, c’est en Haute-Saône.

    – Oh que nenni ! Son nom dans les temps anciens était Ragès.

    – Ah oui, la belle chapelle de Ragès, en Savoie !

    – Pas du tout, c’est un faubourg de Téhéran.

    – Eh bien, ce n’est pas la porte d’à côté, Madame Aurore !

    Dites-moi, ce livre sur votre banquette, c’est quoi au juste ?

    – Son titre  » Le sphénoïde libéré » du Docteur Patrick Jouhaud, vous intrigue, n’est-ce pas ?

    Il guide son lecteur vers une ontologie double du réel, l’invitant à observer ce qui est intangible ou non manifesté, au même titre que ce qui est tangible ou manifesté. On pourrait en parler jusqu’à demain, vous savez !

    Il y a comme un papillon autour de cet os…

    – Et le papillon, c’est une âme aux élytres bleus qui s’envole sur l’étang mystérieux de nos rêves et de notre enfance qui se

    recherche, si je puis dire !

    – Oui, c’est bien dit ! C’est comme une composition d’un ballet à connotation sphénoïdale.

    – Vous avez dit « sphénoïdale » ? Comme c’est bizarre ! L’anagramme de ce mot, c’est « l’endophasie »

    Ce mot vous parle-t-il, Mme Aurore ?

    – Oh, vous savez, je ne suis pas linguiste et loin s’en faut, mais pour peu que j’en sache quelque chose, je dirai que c’est comme « une petite voix dans la tête ».

    – Et L’endophasie, d’après une médaillée des sciences dont je n’ai plus souvenance du nom, c’est l’acte de se parler à soi-même silencieusement, mentalement. C’est l’expression silencieuse, destinée à soi-même, de la pensée au sens large, dans une forme verbale. To be, or not to be, That is the question William Shakespeare, Hamlet.

    – Et là encore quel étonnant hasard, cher Monsieur !

    – Vous avez dit hasard ! Mais quel hasard, Aurore ?

    – « Être, ou ne pas être, c’est là la question »

    Transposez les trente et une lettres du vers du poète et vous lirez que

    « La parole ontique reste un casse-tête »

    – Sacrée anagramme en effet, mais ce jeu de lettres a-t-il un sens, à vrai dire ?

    -Il est un faiseur d’anagrammes dont le prénom est un archange qui s’est pris dans « la harpe »

    À une lettre près, son nom par anagramme est « honnête », Mme Aurore.

    – Oui, je vois. Il a publié avec le pianiste Jacques Perry-Salkow les « Anagrammes pour lire dans les pensées ».

    Mais dans « la vertu renommée d’Aristote » il manque la lettre « c  » pour justifier « Averroès, dit le Commentateur »

    (page 48)

    – Où êtes-vous, cher Monsieur, je ne vous vois plus…

    Fin du dialogue

    C dans l’air qu’il s’en est allé sans doute.

    Je ne l’ai pas revu et ne connais pas son nom.

    Reste sa présence…obombrante.

    Je vais dormir…Demain, je m’envole sur une Libellule, une autre destination !

    Amicalement

    Aurore

  6. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quelle invitation au voyage dans le temps et dans la psyché, qui l’eût cru dans nos trains inouïs?

    Les « prénoms archanges » me mènent vers les Noms sacrés et secrets de Dieu et de ses anges, selon les kabbalistes du XVIe -XVII e siècles. Ils apparaissent tour à tour sous forme acronymiques; par ellipse allusive ; ou par adjonction et permutation de lettres, de noms ou de chiffres (« science de la combinaison ») ; ou encore par substitution, le nom de Dieu étant tabouisé, imprononçable car irreprésentable: on compte 72 substituts du nom dé Dieu, attributs à l’origine.

    La substitution permettait d’injecter du sens à de multiples termes, éléments grammaticaux et noms propres qui en étaient exempts, de les doter d’ « intentions » (kavvanot) censées susciter contemplation et extase. Ex. Les lettres mêlées aux graphismes selon des valeurs spécifiques s’impriment sur deux mains verticales en bénédiction, pour méditation cosmique. Ex encore, comme procédé cryptique, de la substitution et de l’adjonction : à un Tétragramme en graphie classique est substitué un semi -pictogramme aux connotations magiques : aux quatre lettres sont adjoints des « yeux » ou cercles de lumière entourés de « rayons » à forte charge symbolique (voir un manuscrit de Cracovie date de 1592). Et surtout à rapprocher d’une graphie archaïque retrouvée dans Les Manuscrits de la Mer Morte! On peut citer Asbogah qui désigne à la fois « Dieu » et un « ange » et qui est dit « nom octuple » . Car dans ce système hébraïque de numérisation des lettres, chaque paire de lettres totalisant huit se réfère au huitième firmament, siège du savoir divin. Dans cette crypto- langue kabbalistique, on peut renforcer d’un cran le brouillage par un recours à d’autres langues; un pseudo-araméen obscur et archaïque, ou des formules grecques …

    On est bien à mille lieux de l’arbitraire du signe Saussurien! Dans ce monde magique, il y a un sens caché derrière chaque mot, chaque lettre, chaque chiffre…c’est ce qui fait son charme au sens ancien du terme….et sa réactualisation mille fois recommencée!

    1. Avatar de Jacques
      Jacques

      Bonsoir !

      Dieux, quelle histoire !

      Madame Anetchka est aux anges et l’inconnu du train se fait la belle, sans au revoir.

      Le charme est aussi un élément d’une particule et là on pense au physicien qui, au chapitre des « chausse-trapes intellectuelles », aime à préciser que « tous les penseurs sont estimables sauf ceux qui, à grands coups d’ésotérisme, ont gonflé une pensée creuse : ce sont grenouilles moins le bœuf ».

      Faut-il rouvrir allègrement les Cahiers d’anagrammes de Ferdinand de Saussure ou se lancer à corps perdu dans les nombres magiques nucléaires dont un ouvrage, en ce sens, fut préfacé par Raymond Abellio au milieu des années septante ?

      En même temps, un chanteur de charme récitait sa prière :

      Un nouveau jour sur la Terre
      Nous portera la lumière
      Et le soleil brillera
      Comme un message d’espoir
      Sur un monde sans frontières

      Et Michel Serres dans une optique zolienne allumait feux et signaux de brume avant d’inviter, deux lustres plus tard, l’archange à ses « Tables ».

      Contrée lointaine des enjeux du savoir, accessible à une ouverte raison, est-ce khanat où l’alliance de la tradition et de la moderne science veulent donner la base d’une réponse à l’auteur du Hasard et la Nécessité ?

      Une réponse, peut-être, un jour, sous des chênes encore vivants…

      Amicalement

      Jacques

      « Ce Khanat » est comme par hasard, l’anagramme de « Anetchka »

  7. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    De certaines langues ésotériques, on peut ne retenir que le versant « langue secrète », avec ses procédés remarquables, étonnants, parfois universels, et laisser choir leur contenu. C’est ce que fait le linguiste qui n’a d’yeux que pour la forme, la créativité des formes. …. « Grenouille moins le bœuf », voilà une locution dont il prendra note, cher Jacques!

    Ces crypto-langues mystiques sont sûrement des « chausse trappes intellectuelles », mais les physiciens que vous évoquez en rencontrent également pas mal sur leur chemin: tels les trous noirs : « chausse trappe ou salut? « , joli titre vu récemment.

    Quant au « charme », oui, il n’est pas seulement l’attribut des magiciens et dresseurs de serpents : les physiciens à la terminologie fertile ont découvert, cette particule élémentaire répondant au doux nom de «  charme », avec ses variantes « le quark charmé » (doté de « saveurs »), et les « baryons charmés » résultant d’une désintégration lors de certaines collisions. Ce qui nous ramène par un drôle de biais aux volcans du titre : des « télescopes à muons » (autre particule élémentaire) serviraient apparemment à sonder La Soufrière, vu qu’ils traversent la matière aussi facilement que nous traversons la rue…

    Au fond, tous les charmes sont bons: charme des anagrammes de Saussure en liaison avec les antiques poésies, ou charme des anagrammes de physiciens, tel que:
    Albert Einstein= Rien n’est établi!

    Alors Khanat (mon anagramme) est-elle une émanation de Soyembikä de Kazan (il reste encore une tour à ce nom, que j’ai visitée en Tatarie) en errance depuis l’apparition tonitruante d’Ivan Grozniy (celui qui gronde comme l’orage et le volcan) ?

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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